Chaque année, à l’approche de la fin de l’année scolaire, Ségolène de Reviers, professeur de français en 4e monte une pièce de théâtre avec ses élèves. Cette idée c’est étendue cette année à toute la promotion.
L’objectif est d’offrir à ses élèves l’occasion de se produire devant toute l’école et leurs parents.
Un moment de cohésion unique.
Il y a quelques années, fin mai, les élèves de quatrième ayant brillamment bouclé le programme de grammaire , il nous restait à voir une séquence de littérature sur le théâtre. J’avais prévu l’étude du Cid, choix classique, qui plaît toujours aux élèves.
Mais un beau matin, devant ces jeunes filles aux talents si variés, avec qui j’avais noué des liens de confiance au fil de cette année, surgit dans mon esprit une idée qui y couvait depuis longtemps : lancer la classe dans l’aventure d’une représentation théâtrale !
À vrai dire, les élèves consultées se montrèrent plutôt timides, voire méfiantes.
Malgré cela, je leur présentai la pièce Knock de Jules Romains ; puis je retravaillai le texte pour répartir des rôles selon les motivations. Mon objectif était que toutes montent sur scène, même les plus réfractaires.


Quelques élèves motivées me dénichèrent une grande salle paroissiale avec scène et coulisses.
Puis, commencèrent les exercices de diction, de gestuelle, de mise en voix, dont les élèves apprécièrent l’aspect ludique. Puis, séance après séance, doucement, la magie du théâtre opéra … Petit à petit, m’effaçant progressivement, j’ai laissé les élèves s’approprier leur texte, leur personnage, puis se révéler metteurs en scène, accessoiristes, régisseurs, ou encore artistes-peintres pour les décors ou les affiches. La pièce est devenue leur affaire !
Mon plus beau cadeau me fut offert par les élèves les moins scolaires, soudain capables d’apprendre en quelques jours des tirades sans fin, et trouvant une incroyable aisance devant la classe.
Le jour de la représentation arrivant, disposant enfin de la salle dès le matin, nous avons pu enchaîner les scènes pour la première fois. Mais cette première répétition générale n’enchaîna que trous de mémoire, manques de costumes, mauvaise synchronisation et fous rires: ce fut une catastrophe ! Et pourtant, l’après-midi, devant les parents et les autres classes réunies, un miracle s’opéra : les comédiennes se surpassèrent, et la pièce, très drôle, fut un succès unanimement applaudi.
Depuis, tous les ans, je renouvelle cette expérience : tous les ans, le mois de juin est consacré à la représentation théâtrale. Et tous les ans, le même miracle se reproduit !
Aristote définissait le théâtre comme un lieu de catharsis, le spectacle libérant le public de ses passions mauvaises ! Mais dans le cadre scolaire, il semblerait que les passions purifiées soient moins celles du public que celles de nos jeunes comédiennes : le jeu théâtral permet en effet de faire fondre les sentiments négatifs propres à l’adolescence : la peur du jugement, le manque de confiance en soi, la gêne de son corps, l’individualisme.


Aristote définissait le théâtre comme un lieu de catharsis, le spectacle libérant le public de ses passions mauvaises ! Mais dans le cadre scolaire, il semblerait que les passions purifiées soient moins celles du public que celles de nos jeunes comédiennes : le jeu théâtral permet en effet de faire fondre les sentiments négatifs propres à l’adolescence : la peur du jugement, le manque de confiance en soi, la gêne de son corps, l’individualisme.
Le travail de la diction, de la gestuelle, de la posture démystifie l’angoisse de la prise de parole en public. Entrer dans la peau d’un personnage, dans son costume, dans ses paroles, donne aux élèves des armes pour appréhender la gestion du stress, les situations embarrassantes. Sortir du cadre conventionnel des cours magistraux libère les élèves du cadre scolaire si pesant pour certaines. Enfin, l’essence même du théâtre, est la cohésion d’un groupe vers un but commun. Chacune apprend à sortir de sa zone de confort, à écouter l’autre, à rebondir sur sa réplique, à se contraindre pour l’accomplissement d’un bien commun.
En définitive, l’indéfectible succès de ces représentations théâtrales successives a permis à chacune de dépasser ses limites, et m’a laissé un souvenir toujours particulièrement attachant de chacune de mes comédiennes en herbe.